© 06/2017
Kérozen

“Sogni d’oro”

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Kérozen ou la puissance d’un rêve    C’est dans un beau rêve que le peintre Kérozen nous propose d’entrer. Disons plutôt que ce magicien nous y plonge : une immense vision panoramique nous envahit, de toutes parts nous sommes cernés par des formes généreuses, éblouis de lumière.  Soleil et chaleur nous promettent une abondance de bienfaits : les roses et les tournesols s’épanouissent, tandis qu’une main s’ouvre pour accueillir une pluie de fruits multicolores. Au centre, sur la table, le pain et le vin nous rappellent la noce de l’Evangile disant l’espoir d’une universelle réconciliation.    Est-il donc permis de rêver encore, en 2015, en 2017, en un temps aussi troublé que le nôtre, en proie à des drames humains d’une violence inégalée ? Des menaces d’une ampleur encore inconnue planent au-dessus de nous. Et nous savons bien que le soleil qui illumine ce rêve ne brille pas pour tout le monde. Parmi les œuvres de Kérozen, il en est – notamment celle qui représente une danse collective, dont l’un des protagonistes mime un geste meurtrier – qui attestent la parfaite conscience de l’artiste. Son optimisme est volontaire, sinon provocateur.    Et c’est donc, au-delà du rêve, une réflexion qu’il nous invite à partager. Elle se pose en ces termes : qu’est-ce aujourd’hui que l’art, et tout particulièrement l’un des plus anciens, à savoir celui de la peinture ? Quel message peut-il transmettre ? A l’heure de l’extrême danger, quels sont ses pouvoirs ? C’est la question que posait, il y a deux siècles, Friedrich Hölderlin, et ce n’est sans doute pas sans raison que figurent si ostensiblement ici le pain et le vin, symboles de partage et de fraternité, dont le poète romantique avait fait le motif central de son hymne.    A son tour, Kérozen assume l’héritage de la pensée romantique. A nous de le suivre dans sa méditation où des gestes et des méthodes venus du fond des âges s’articulent sur les techniques les plus contemporaines. Concilier l’éternel et l’actuel – cet actuel infiniment mouvant, mixé, fragmenté – pour nous donner à voir leur possible alliance dans cet ensemble ordonné, maîtrisé qu’est l’œuvre : telle est la réflexion à laquelle nous convie Kérozen.    Bonheur, abondance, témoignages multiples de l’inépuisable diversité des formes, qui sont autant de bienfaits ; loin d’être un sujet d’inquiétude, cette diversité est notre chance : végétaux, corps et visages se fragmentent en effet de mille couleurs – chacune en sa pureté, comme le voulurent en leur temps les peintres expressionnistes ; mais elles sont dénuées, chez Kérozen, de la part d’ombre inquiétante et tragique qui caractérisait ce mouvement. Sans doute l’optimisme de l’Art Optique est- il, depuis, passé par là. A présent les ressources qu’apportent les nouvelles technologies et la mobilité ininterrompue des formes dont elles disposent, portent à son zénith l’art du mixage.    Leur fait écho l’explosion des langages et de leurs symboles : le soleil – mais peut-être s’agit-il de notre planète transfigurée ? – irradie de signes et d’alphabets. Il importe peu qu’ils soient déchiffrables : cette nouvelle Babel n’est-elle pas motif de joie, source d’espérance ?     N’est-ce pas justement la mission de l’art que d’ordonner, c’est-à-dire de donner sens, de proposer une orientation à la multitude de ces formes ? Privilège du peintre : il dispose d’un cadre. Celui-ci est, chez Kérozen, le plus souvent carré, suggérant, au-delà de la mouvance des créatures, végétales ou humaines, un ordre plus profond. Au plus intime d’une fleur sommeille une géométrie que l’art du peintre a pour mission de révéler. Quant à nos émotions, à nos vécus contradictoires et conflictuels, n’y aurait-il pas un lieu secret où leur apparente opposition pourrait être pacifiée et résolue ? On ne saurait en effet, rester insensible ici à la permanence du chiffre 4, donnant l’impulsion d’un rythme profond, faisant l’éloge d’une quaternité, à travers le retour des saisons d’abord, et jusque dans l’agencement des panneaux, notamment lorsque Kérozen les superpose pour ériger un totem. L’architecte aurait-il fait sienne, par le suffixe de son pseudonyme, l’esthétique du bouddhisme tantrique ? On serait tenté de le penser, à en croire l’alliance accomplie ici entre le singulier et le collectif, entre origine et universalité.    Kérozen préserve ainsi et magnifie les destinées les plus individuelles, les plus fugitives : à une mère récemment disparue, il restitue sa jeunesse. Magie de l’art, capable d’immortaliser nos vies précaires en les inscrivant dans un devenir collectif, en dressant des totems, messages d’une spiritualité plus généreuse, donnée en partage à tout authentique rêveur.                                                                              Georges BLOESS, Paris, mai 2017
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